• "-Tiens, occupes toi de ça."

    Bien. Je me saisis de "ça"."Ça " a le poids d'un nourrisson. Instinctivement, je le porte comme tel. Il épouse parfaitement la forme de mes bras semblants le bercer. "Ça" est immobile. Paisible. Comme endormi dans ses langes tachées de pourpre. Il paraît être lové affectueusement contre ma poitrine.

    Intriguée, je le tâte avec d'infinies précautions, découvrant une texture similaire à celle d'un corps humain.

    Nous sommes arrivés. Je tire sur la petite porte blanche, à laquelle je fais à présent face, et découvre un monde froid et figé. Avant de l'y déposer précautionneusement, je défais le chiffon qui l'emmaillote et découvre, sans surprise, un morceau de membre rouge.

    "-Bon, passe pas trois heures à foutre la barbaque au frigo. Grouille toi de ramener ton cul!  "

     


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  • Les murs familiers, sur lesquelles nous posons nos yeux, ne sont que les barreaux d'une austère prison. Mais, peux tu apercevoir ces libres sentiers et ces joyeux soleils, tous lacérés par ces barres de fers ? Ne cessons jamais de contempler ces joyaux futurs. Pas même les pas approchants de tes aimants bourreaux ne doivent les décrocher de ton regard.

    Courage, ils pénètrent dans ta cellule. Ils se dressent juste derrière toi.

    N’oublie pas.

    Je sens leurs coups verbaux sur ton cœur. Je les sens le fissurer, te faire chanceler. Mais vous résistez .

    Pas le temps de s'insurger, de briser les barreaux et les chaînes, que les caresses tentent vainement de compenser les éclats fait à ton être.

    Je sais. Tout serait plus simple s'il était permis de détester. Si un jour, la marque rouge sur notre joue n'était plus dissimulable, oubliable, explicable, excusable, il suffirait alors de haïr. De briser les liens beaux d'horreurs nous liant à ces êtres.

    Mais la limite n'est jamais franchie. Cela est mieux ainsi. La haine dégrade le cœur, ce même cœur, que toi, et moi, tentons de protéger de ces perpétuelles blessures et de faire grandir à l'ombre des considérations futures.

    Ouvres les yeux. Ta cellule n'est pas vide : tout n'est pas qu'accessible frustration. Tu y trouveras nombreux outils qui t'aiderons à sublimer le paysage que tu fais croitre à travers ces barres cruelles.


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  • La lumière s'éteint, laissant la pièce plongée dans une obscurité protectrice.

    La fenêtre s'ouvre, l'air frais s'engouffre dans sa petite geôle et l'abreuve de caresses. Ses yeux dérivent et échouent, au centre des ténèbres, où se dresse une petite lumière orangée.

    Elle pleure. Elle tremble. Elle chante sa peine à l'obscurité, mais les larmes l'aveuglent et les sanglots l'étouffent. La nuit fait glisser de ses épaules la couverture dans laquelle elle se cachait, elle la pousse à se reculer au centre de la pièce alors qu'une envoutante et plaintive musique naît à ses oreilles.

    Alors, doucement, elle commence à mouvoir ses membres. Une ivresse la gagne peu à peu. De chaque articulation sollicitée jaillit alors en elle un frisson de plaisir. Son ventre serré et sa gorge nouée contrastent avec ces vives et savoureuses piqûres.

    La musique s'accélère.

    Elle virevolte dans l'obscurité, joue avec la lueur orangée qui métamorphose ses membres ronds en courbes sveltes et harmonieuses. Tout est envahi de chaleur  revigorante et bienfaitrice. Elle se surprend à louer la nuit et le mystérieux jeu de lumière qu'elle offre. Elle embrasse la solitude, chasse les sanglots de ses mouvements devenus gracieux.

    Elle se sent belle. La nuit  rend belle.

    Danse, ma fille, danse ! Si tu t'arrêtes, tu t'écroules. La chaleur qui monte de ton corps chassera les blessures de ton cœur.

    Les rires montent de sa gorge et s'épanouissent dans l'air frais.

    Une ivresse totale la gagne peu à peu. 

    Elle sourit. Elle vit.


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  • Ma bouche n'est plus la mienne et ne sera jamais totalement la sienne. Les cris déchirants s'échappant de nos lèvres sont nourris par nos deux cœurs. Cœur de papier et cœur de chaire martèlent à l'unisson nos poitrines entremêlées. Il me transmet son identité, son histoire; me lègue jusqu'à ses mots. Mots que notre sentiment anime alors que mon corps, devenu propriété commune, tremble sous sa fracassante occupation. Tout est ébranlé, tout se tend. Une rugissante douleur nous transperce le ventre alors que nous crions, nous nous agitons, nous débattons, nous pleurons.

    Nous vivons.

    Puis, subitement, sans prévenir; et pourtant,comme cela a été mille et une fois réfléchi; l'énergie du désespoir se tarie. Nos membres ne nous portent plus. Nous nous écroulons sur le sol : brisés, vidés d'énergie et d'espoir. Quelques paroles, apprises par cœur, oubliées et redécouvertes sur l’instant s'échappent encore de notre bouche en un dernier reproche.

    Puis le silence. La fin. Les lumières naissent à nouveau, et se créent un passage jusqu'à moi. Le monde redevient scène, et je deviens une nouvelle moi qu'il a à jamais marquée. Un ineffable plaisir, annoncé par de bien doux claquements de mains, m'inonde, et récompense ainsi le travail de ces minutes-éternité.


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  • Corps proches. Esprits distants.

    Loin.

    Si loin.

    Les mains s'agitant sur les outils électroniques tentent de vaincre le silence lors d'un vain duel. La pluie chute sur ses voyageurs, solitaires maladroits ou indifférents. Tous réunis au bord d'un seul chemin, ils se cloîtrent dans leur monde distinct.

    Même cheveux détrempées, même oreilles martelées par la musique étourdissante, même pieds obstinément enfoncés dans le dur bitume, même points serrés sur la solitude alors que les yeux cherchent, cherchent sans savoir si un quelconque désir les animent.


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